Angela Merkel a dirigé l’Allemagne pendant seize ans, à la tête de gouvernements associant la CDU-CSU tantôt au SPD, tantôt au FDP. Physicienne formée en RDA, entrée en politique lors de la réunification, elle est devenue présidente de la CDU en 2000 puis la première femme chancelière fédérale en 2005.[1]
Son parcours politique
Ministre des Femmes puis de l’Environnement sous Helmut Kohl, Merkel s’est imposée après la défaite de la CDU en 1998. Son exercice du pouvoir a reposé sur des coalitions et sur une pratique pragmatique du compromis, avec des inflexions importantes comme l’abandon accéléré du nucléaire après Fukushima et l’instauration d’un salaire minimum national par la grande coalition.[1][3]
Ses quatre mandats ont été traversés par la crise financière, la crise de la dette dans la zone euro, l’arrivée de nombreux réfugiés en 2015, le Brexit et la pandémie de Covid-19. En 2020, elle a accepté avec la France le principe d’un emprunt européen commun pour financer la relance, rupture notable avec la prudence budgétaire allemande antérieure.[11][12]
Ses positions politiques
Économie
Merkel se réclamait de l’économie sociale de marché. Ses gouvernements ont combiné discipline budgétaire, compétitivité industrielle et maintien d’un État social développé. La période de la « Schwarze Null », l’équilibre du budget fédéral hors circonstances exceptionnelles, a symbolisé cette priorité donnée à la soutenabilité des finances publiques.[2]
Cette orientation n’excluait pas des régulations nouvelles. La grande coalition a introduit un salaire minimum légal en 2015, tandis que l’État intervenait fortement pour stabiliser l’économie lors des crises. Dans la zone euro, Merkel a soutenu les dispositifs d’assistance financière tout en exigeant des réformes et des engagements budgétaires des pays aidés.[3][4]
Libertés publiques
Sur les questions de société, sa ligne a mêlé prudence conservatrice et évolutions graduelles. Elle a levé en 2017 la discipline de vote de son groupe sur le mariage pour tous, permettant son adoption par le Bundestag, mais a voté elle-même contre le texte.[5]
Son gouvernement a suspendu le service militaire obligatoire en 2011.[6] À l’inverse, la réintroduction de règles de conservation des données de connexion en 2015 a suscité des critiques au regard de la vie privée et de la jurisprudence européenne.[7]
Immigration
À l’été et à l’automne 2015, Merkel a choisi de ne pas fermer la frontière allemande aux réfugiés qui arrivaient notamment via l’Autriche. Cette décision, souvent résumée par sa formule « Wir schaffen das », a ouvert un accueil important tout en provoquant une contestation durable en Allemagne.[8]
Elle a défendu une répartition plus solidaire des demandeurs d’asile entre États membres.[9] En parallèle, elle a négocié l’accord UE-Turquie de mars 2016, qui associait aide financière, réinstallation et retour vers la Turquie des personnes arrivées irrégulièrement dans les îles grecques.[10]
Union européenne
Angela Merkel a fait de la préservation de la zone euro et de l’unité de l’Union une priorité, mais selon une méthode largement intergouvernementale. Pendant la crise des dettes souveraines, elle a accepté de nouveaux mécanismes communs en les liant à des conditions de discipline budgétaire.[4]
La pandémie a marqué une nouvelle étape : l’initiative franco-allemande de mai 2020 proposait que la Commission emprunte pour financer la relance, principe repris par le Conseil européen en juillet.[11][12] Merkel présentait cette solidarité comme nécessaire à la cohésion et à la capacité d’action de l’Union.[13]
Une empreinte politique européenne
Son long mandat a donné à Merkel une place centrale dans les arbitrages européens. Son héritage reste discuté : stabilité et compromis pour ses défenseurs, dépendance énergétique envers la Russie, investissement public insuffisant et gestion incomplète des déséquilibres de la zone euro pour ses critiques. Ces débats portent sur les résultats de ses choix, non sur la réalité de leur ancrage européen.
