François Mitterrand a été le premier président socialiste de la Ve République. Élu en 1981 puis réélu en 1988, il a exercé deux septennats, dont quatre années de cohabitation avec des gouvernements de droite.[1]
Son parcours politique
Député de la Nièvre à partir de 1946, plusieurs fois ministre sous la IVe République, Mitterrand s’est opposé au retour du général de Gaulle en 1958. Candidat commun de la gauche en 1965 et en 1974, il a pris la direction du Parti socialiste au congrès d’Épinay en 1971 et organisé l’union avec les communistes autour d’un programme commun.[1]
La victoire de 1981 a ouvert une alternance politique majeure. Les deux premières années ont vu des nationalisations, des hausses de revenus sociaux et des réformes emblématiques comme l’abolition de la peine de mort et la décentralisation. Le choix de rester dans le Système monétaire européen a conduit en 1983 à une politique de désinflation et de maîtrise des déficits.[2][4][5][6]
Ses positions politiques
Économie
Le début du premier septennat suit une orientation interventionniste : nationalisation de banques et de groupes industriels, semaine de 39 heures, cinquième semaine de congés payés, hausse du SMIC et des prestations sociales.[2][3] L’État devait orienter le crédit, l’investissement et la modernisation productive.
En 1983, Mitterrand a arbitré en faveur du maintien du franc dans le Système monétaire européen. La politique économique s’est alors tournée vers la désinflation compétitive, la modération salariale et le rétablissement des comptes extérieurs.[4] Les privatisations conduites pendant la première cohabitation ont ensuite réduit une partie du secteur public constitué en 1982.[2]
Libertés publiques
L’abolition de la peine de mort, portée par Robert Badinter et promulguée en octobre 1981, a supprimé la sanction pénale la plus extrême et irréversible dont disposait l’État.[5] La loi du 23 décembre 1981, adoptée sous la présidence de Mitterrand, a abrogé les dispositions de la loi dite « anti-casseurs » qui permettaient de mettre en cause l’instigateur ou certains participants au-delà des auteurs personnellement identifiés de violences lors d’une manifestation. Elle a ainsi rétabli le principe de responsabilité pénale personnelle et levé un risque pour la liberté de manifestation.[14]
La loi du 4 août 1982, adoptée à l’initiative du gouvernement de Pierre Mauroy, a abrogé le deuxième alinéa de l’article 331 du code pénal. Elle a supprimé la dernière disposition pénale qui établissait une différence de traitement spécifique entre relations homosexuelles et hétérosexuelles.[15][16] La libéralisation des radios a mis fin au monopole d’État sur la radiodiffusion, ouvrant la création de radios privées, même si la régulation de l’audiovisuel a continué d’évoluer pendant les deux septennats.[7]
Immigration
Le gouvernement Mauroy a procédé en 1981-1982 à une régularisation exceptionnelle de travailleurs étrangers sans titre.[8] La loi de 1984 a créé une carte de résident de dix ans renouvelable de plein droit sous conditions, stabilisant le séjour de nombreux étrangers installés durablement en France.[9]
Cette politique a ensuite été infléchie. Dès 1983, les pouvoirs publics ont cherché à mieux contrôler les entrées et les éloignements, tandis que les alternances et cohabitations modifiaient fréquemment le droit au séjour.[10] La promesse d’accorder le droit de vote local aux étrangers non communautaires n’a pas été mise en œuvre.
Union européenne
Mitterrand a fait de la construction européenne un axe central de sa présidence. Il a soutenu l’Acte unique, qui a fixé l’objectif du marché intérieur et étendu le vote à la majorité qualifiée dans plusieurs domaines.[11]
Avec Helmut Kohl, il a approfondi la coopération franco-allemande et accompagné le projet d’union économique et monétaire.[13] En 1992, il a défendu publiquement le traité de Maastricht, approuvé de justesse par référendum en France.[12]
Son héritage politique
Les deux septennats ont durablement transformé la gauche de gouvernement : l’ambition de rupture économique de 1981 a cédé la place à l’acceptation de l’économie de marché, tandis que l’intégration européenne devenait un choix structurant. L’abolition de la peine de mort, la décentralisation et la libéralisation de l’audiovisuel demeurent parmi les réformes les plus directement associées à cette période.[1][5][6]
