Né en 1932 à Paris et mort en 2019 dans la même ville, Jacques Chirac a été deux fois Premier ministre, maire de Paris pendant dix-huit ans et président de la République de 1995 à 2007. Sa trajectoire relie plusieurs âges du gaullisme, du libéralisme économique de 1986 au discours de la « fracture sociale » puis à une présidence attachée à l’indépendance diplomatique.[1]
Son parcours politique
Formé à l’ENA, Chirac entre dans les cabinets gaullistes avant de devenir député de Corrèze et ministre. Il fonde le RPR en 1976, conquiert la mairie de Paris en 1977 et dirige le gouvernement pendant la première cohabitation, de 1986 à 1988. Il y conduit des privatisations, déréglemente plusieurs secteurs et durcit les politiques de sécurité et d’immigration.[2][3][11]
Élu président en 1995, il dissout l’Assemblée en 1997 et cohabite ensuite cinq ans avec Lionel Jospin. Réélu face à Jean-Marie Le Pen en 2002, il refuse l’intervention militaire en Irak, soutient le traité constitutionnel européen rejeté en 2005 et quitte l’Élysée en 2007.[1][14]
Ses positions politiques
Économie
Le gouvernement Chirac de 1986 assume une rupture libérale : privatisations, suppression de plusieurs contrôles de prix, assouplissement de règles économiques et développement de l’actionnariat privé.[2][3] Cette orientation contraste avec sa campagne de 1995, centrée sur l’emploi, les inégalités et la « fracture sociale ».[4]
À l’Élysée, il accepte des réformes de retraites, des baisses d’impôts et des ouvertures de capital, sans remettre en cause le socle de la protection sociale ni l’intervention de l’État.[5] Son parcours économique est donc moins doctrinal que celui d’Alain Madelin et évolue selon les périodes et les coalitions gouvernementales.
Libertés publiques
La loi pour la sécurité intérieure de 2003 a renforcé les pouvoirs de police et créé ou durci plusieurs infractions liées à l’ordre public. Elle illustre le versant sécuritaire de la présidence de Jacques Chirac.[6]
À l’inverse, Jacques Chirac a voulu la création d’une autorité indépendante chargée de combattre les discriminations. Instituée en 2004, la HALDE pouvait être saisie par les victimes et disposait de pouvoirs d’enquête, d’assistance et de médiation.[7][8]
Sur les droits des couples homosexuels, sa position restait intermédiaire. En 2004, il s’opposait à l’ouverture du mariage et de l’adoption aux couples de même sexe, tout en demandant une amélioration du PACS afin que leurs droits et devoirs soient reconnus au même titre que ceux des autres couples.[10]
Immigration
Comme Premier ministre de Valéry Giscard d’Estaing, Chirac signe en 1976 le décret qui organise le regroupement familial des étrangers régulièrement installés, avec des conditions de ressources et de logement.[9] Dix ans plus tard, son second gouvernement adopte la première loi Pasqua, qui facilite les expulsions et restreint l’accès à la carte de résident.[11][12]
Sous sa présidence, la loi de 2003 renforce les contrôles à l’entrée et au séjour et facilite certaines mesures d’éloignement.[13] Cette trajectoire combine donc reconnaissance d’une immigration familiale régulière, discours d’intégration républicaine et durcissements successifs contre l’immigration irrégulière.
Union européenne
Jacques Chirac vient d’une tradition gaulliste méfiante envers la supranationalité, mais il se rallie au traité de Maastricht en 1992.[14] Président, il accompagne le passage à l’euro et la réforme institutionnelle négociée à Nice, tout en défendant un rôle central pour les États et pour le couple franco-allemand.
En 2005, il choisit le référendum pour ratifier le traité constitutionnel européen et fait campagne pour le oui. Le rejet du texte par les électeurs français constitue l’un des principaux revers de son second mandat.[14][15] Son européisme reste ainsi plus pragmatique que fédéraliste.
Une trajectoire gaulliste changeante
Jacques Chirac a occupé le premier plan politique pendant quatre décennies. Son parcours ne suit pas une doctrine économique parfaitement continue, mais conserve plusieurs constantes : attachement à l’État-nation, recherche d’autonomie diplomatique, priorité donnée à l’ordre public et acceptation d’une construction européenne où les gouvernements gardent un rôle moteur.
