Né en 1970 à Buenos Aires, Javier Milei se fait connaître comme économiste médiatique avant d’être élu député puis président en 2023. Il se réclame de l’école autrichienne et de l’anarcho-capitalisme, tout en gouvernant un État constitutionnel dont le Congrès et les provinces limitent la capacité de rupture immédiate.[1][3]
Une présidence de rupture
Milei arrive au pouvoir après une longue crise d’inflation, de dette et de défiance envers les partis traditionnels. Sa coalition La Libertad Avanza promet de réduire radicalement la dépense publique, déréglementer l’économie et rompre avec ce qu’il nomme la « caste » politique.[2][3]
Son gouvernement recourt largement aux décrets et aux projets omnibus, puis négocie avec des forces alliées faute de majorité initiale. Cette pratique illustre la tension entre une rhétorique de refondation et les contraintes du fédéralisme, du Parlement et des tribunaux.[2][3]
Économie et rôle de l’État
La politique économique donne la priorité à l’équilibre budgétaire : baisse des subventions, arrêt de travaux publics, réduction de ministères et d’emplois administratifs, déréglementations et recherche d’investissements privés. Milei présente le déficit financé par la monnaie comme la cause centrale de l’inflation.[2]
La stabilisation macroéconomique et le recul de l’inflation sont mis en avant par ses soutiens. Ses adversaires soulignent le coût social initial, la baisse de revenus réels, la contraction de services publics et le transfert de risques vers les ménages. La présidence assume cet arbitrage au nom d’un redressement durable.[2][3]
Son libertarianisme économique valorise fortement la propriété et le contrat, mais l’action gouvernementale ne correspond pas à une abolition de l’État. Elle combine retrait économique, pouvoir exécutif énergique et maintien de fonctions régaliennes renforcées.[3]
Libertés publiques et questions sociétales
Milei défend la liberté d’expression et critique la régulation des opinions, mais son rapport aux libertés n’est pas uniformément permissif. Il s’oppose à l’avortement, légalisé en Argentine en 2020, et rejette plusieurs politiques publiques fondées sur le genre, qu’il décrit comme idéologiques.[3]
Dans l’espace public, le protocole de maintien de l’ordre adopté sous sa présidence et les poursuites visant certaines manifestations ont suscité les critiques d’organisations de défense des droits humains. Celles-ci documentent aussi des discours hostiles envers des journalistes et des militants.[4][5]
Il faut donc distinguer sa défense des choix privés et de la liberté économique de sa conception de l’ordre public et de ses positions conservatrices sur certains droits corporels. Le pouvoir coercitif n’est pas diminué dans tous les domaines au même rythme que l’administration économique.
Politique extérieure et lignes de fracture
Milei aligne plus nettement l’Argentine sur les États-Unis et Israël et prend ses distances avec les gouvernements de gauche latino-américains. Son libéralisme se présente comme un projet civilisationnel autant qu’économique.[3]
Son bilan oppose deux lectures : une tentative cohérente de rendre soutenable un État en crise, ou une transformation dont les coûts et la concentration exécutive fragilisent les protections collectives. Cette tension entre liberté du marché, conservatisme sociétal et autorité gouvernementale définit la singularité de son expérience.[2][3][5]
