John Rawls a renouvelé la philosophie politique anglophone en proposant une théorie libérale et égalitaire de la justice. Il ne cherche pas à décrire une société parfaite, mais les principes qui doivent organiser les institutions de base d’une démocratie entre citoyens libres et égaux.[1]
Sa pensée politique
L’État et la société
La « position originelle » est une expérience de pensée : des personnes choisissent les principes de leur société derrière un voile d’ignorance qui leur cache leur classe sociale, leurs talents, leur religion ou leur conception personnelle du bien. Ce dispositif doit empêcher chacun de fabriquer des règles à son avantage.[2][5]
Rawls en déduit d’abord un principe d’égales libertés fondamentales. Un second principe organise les inégalités sociales et économiques : les fonctions doivent être ouvertes dans des conditions de juste égalité des chances et les écarts ne sont admissibles que s’ils profitent aux moins avantagés.[1][3]
Économie et propriété
Le principe de différence ne commande pas l’égalité stricte des revenus. Il autorise les inégalités productives lorsque l’organisation qui les engendre améliore réellement la situation du groupe le moins favorisé, par comparaison avec les alternatives possibles.[3]
Rawls ne réduit donc pas la justice à la redistribution après le marché. Dans ses travaux tardifs, il privilégie une « démocratie de propriétaires » ou un socialisme libéral, capables de disperser en amont la propriété, le capital humain et le pouvoir économique. Il critique le capitalisme de l’État-providence lorsqu’il laisse se concentrer durablement ces ressources.[1][4]
Liberté, autorité et justice
Les libertés fondamentales ont une priorité particulière dans sa théorie : liberté de conscience, expression, association, droits politiques et garanties liées à l’intégrité de la personne ne peuvent pas être simplement échangés contre davantage de croissance ou de bien-être agrégé.[1][2]
Dans Libéralisme politique, Rawls part du pluralisme durable des doctrines religieuses et morales. Le pouvoir coercitif est légitime lorsqu’il s’exerce selon une constitution que des citoyens raisonnables peuvent accepter à partir de raisons politiques communes, sans que l’État impose une conception complète de la vie bonne.[6]
Son influence et les principales critiques
Rawls a replacé la justice distributive, les institutions et la légitimité démocratique au centre du débat philosophique. Les libertariens lui reprochent d’autoriser trop de redistribution ; des égalitaristes jugent que son principe de différence tolère encore des hiérarchies excessives ; les communautariens contestent l’image d’un citoyen abstrait de ses appartenances.
D’autres critiques portent sur le périmètre de sa théorie, d’abord construit pour une société nationale bien ordonnée, ou sur son traitement du handicap, du genre et des injustices raciales. Ces objections ont nourri des prolongements importants plutôt qu’elles n’ont effacé la méthode rawlsienne de justification publique.[1]
