Vladimir Ilitch Oulianov, dit Lénine, fut à la fois un théoricien marxiste, l’organisateur du parti bolchevique et le premier dirigeant du régime issu de la révolution d’Octobre 1917. Sa pensée ne peut être séparée de cette pratique du pouvoir, qui transforme une stratégie de rupture en institutions durables.[1]
Sa pensée politique
L’État et la société
Dans Que faire ?, Lénine défend une organisation de révolutionnaires professionnels capable de résister à la répression et d’unifier les luttes. Il craint que le mouvement ouvrier livré à sa seule spontanéité demeure au niveau des revendications syndicales ; le parti doit porter une conscience politique d’ensemble.[2]
Cette avant-garde repose sur la discussion interne puis l’action unifiée, principe ultérieurement appelé centralisme démocratique. Dans la pratique bolchevique, la concentration de la décision et l’identification croissante du parti au pouvoir réduisent fortement le pluralisme, jusqu’à l’interdiction des fractions et l’élimination des concurrents politiques.[1]
Économie et propriété
Lénine vise l’abolition de la propriété capitaliste des grands moyens de production. Après 1917, nationalisations, réquisitions et contrôle central accompagnent la guerre civile. Le « communisme de guerre » désorganise cependant la production et provoque de fortes résistances.[1][4]
La Nouvelle politique économique de 1921 rétablit alors une part de marché, de commerce privé et de petite propriété. Lénine la présente comme un recul tactique sous contrôle d’un État qui conserve les secteurs décisifs, non comme un renoncement au socialisme.[1][4]
Liberté, autorité et justice
Dans L’État et la Révolution, l’État est un instrument de domination de classe. La révolution doit briser l’appareil bourgeois, instaurer une dictature du prolétariat, puis rendre possible le dépérissement de l’État lorsque les classes auront disparu.[3]
Lénine rejette donc l’idée que les libertés et le parlementarisme libéraux soient politiquement neutres. Il les considère comme des formes adaptées à la domination bourgeoise. Après la révolution, ce raisonnement justifie la priorité donnée à la survie du nouveau pouvoir sur la liberté de la presse, l’opposition organisée et les garanties procédurales.[1][3]
La promesse d’un pouvoir des soviets contraste rapidement avec la dissolution de l’Assemblée constituante, la police politique, la censure et la répression des opposants. Ces décisions ne sont pas de simples institutions étrangères à la question des libertés : elles suppriment directement l’expression, l’association et la compétition politique.[1]
Son influence et les principales critiques
Le léninisme a offert aux mouvements communistes une théorie de l’organisation, de la crise révolutionnaire et de l’impérialisme. Il a également servi de modèle à des États à parti unique. Une controverse centrale oppose ceux qui voient dans l’autoritarisme soviétique une conséquence des choix de Lénine à ceux qui soulignent la guerre civile, l’isolement international ou la rupture proprement stalinienne.
La tension demeure inscrite dans ses textes et son gouvernement : l’émancipation universelle est poursuivie au moyen d’un appareil qui revendique le droit de suspendre les libertés présentes au nom de la société future.[1][3]
