Murray Rothbard combine l’économie de l’école autrichienne et une théorie des droits naturels pour construire l’anarcho-capitalisme. À la différence du libéralisme classique qui limite l’État, il juge l’impôt coercitif et veut soumettre toutes les fonctions sociales à la propriété privée, au contrat et à la concurrence.[1][2][3]
Sa pensée politique
L’État et la société
La propriété de soi constitue son point de départ : chaque individu est propriétaire de son corps et peut acquérir des ressources sans maître en y mêlant son travail, puis les transférer volontairement. Toute agression contre la personne ou ses biens est illicite ; l’État viole ce principe lorsqu’il taxe, réglemente ou revendique un monopole territorial de la contrainte.[2]
Rothbard ne conserve donc ni police ni tribunaux publics. Des agences de protection et d’arbitrage concurrentes vendraient leurs services, tandis que les conflits seraient réglés selon un droit libertarien centré sur les personnes et la propriété. Il estime que la concurrence disciplinerait mieux ces organismes qu’un monopole étatique.[1][2]
Économie et propriété
Son économie défend le laissez-faire, la monnaie issue du marché et l’abolition de la banque centrale. Les prix, profits et pertes transmettent une information dispersée que la planification ne peut rassembler ; les interventions publiques déplacent les coûts, protègent des intérêts établis et désorganisent ce processus.[3]
Il refuse également les services publics financés par l’impôt, y compris dans l’éducation, les infrastructures et l’assistance. La solidarité doit relever du choix, des mutuelles, des associations ou du marché. Ce refus de toute redistribution obligatoire distingue son système des variantes sociales du libéralisme.[1]
Liberté, autorité et justice
Le principe de non-agression protège de nombreuses conduites personnelles contre l’interdiction : opinions, religion, consommation ou relations consenties ne relèvent pas de la puissance publique. Rothbard critique la conscription, la guerre et l’expansion militaire comme des formes particulièrement graves de coercition étatique.[1][2]
Sa conception de la liberté se confond cependant largement avec l’absence d’atteinte à la propriété. Elle ne garantit ni égalité des ressources ni accès universel à un service ; le droit d’exclure du propriétaire limite ce que d’autres libertariens ou libéraux décrivent comme des libertés effectives.[2][4]
Son influence et les principales critiques
Rothbard a donné à l’anarcho-capitalisme son exposé le plus systématique et influencé une partie du mouvement libertarien américain. Ses critiques contestent l’acquisition initiale des biens, la possibilité de protéger les plus faibles sans autorité commune et le risque que des agences armées privées deviennent elles-mêmes des pouvoirs coercitifs. D’autres soulignent les tensions entre l’universalité affichée de ses droits et ses alliances politiques tardives. Son œuvre demeure un cas-limite utile : elle révèle jusqu’où conduit une définition de la justice presque entièrement construite autour du consentement contractuel et de la propriété.[2][4]
