Noam Chomsky a mené parallèlement une œuvre scientifique majeure en linguistique et une activité continue d’essayiste politique. Sa pensée publique se rattache au socialisme libertaire et à l’anarcho-syndicalisme : elle vise les hiérarchies qui ne peuvent justifier leur autorité, qu’elles relèvent de l’État ou de la propriété privée concentrée.[1][2]
Sa pensée politique
L’État et la société
Chomsky oppose à l’État centralisé une société d’associations volontaires, de conseils de travailleurs et de communautés autogérées. Il ne confond toutefois pas l’abolition souhaitable des dominations avec le démantèlement immédiat de toute protection publique : face au pouvoir des grandes entreprises, il peut défendre provisoirement des institutions étatiques contrôlées démocratiquement.[2]
Cette position explique sa critique simultanée du capitalisme d’entreprise et des régimes communistes autoritaires. La propriété privée des moyens de production concentre selon lui un pouvoir politique qui échappe au contrôle des salariés ; le parti-État soviétique a, de son côté, substitué une bureaucratie à l’émancipation ouvrière.[2]
Économie et propriété
Son idéal économique repose sur la maîtrise collective du travail par ceux qui l’accomplissent. Les entreprises hiérarchiques ne sont pas pour lui de simples acteurs contractuels : elles structurent l’accès aux ressources, l’information et la capacité de décider. La démocratie devrait donc franchir la porte du lieu de travail.[2]
Chomsky ne livre pas un plan administratif détaillé. Il privilégie un horizon de décentralisation et d’autogestion, ainsi que les luttes concrètes qui réduisent la domination. Cette orientation le distingue à la fois du marché sans contre-pouvoir et de la planification commandée par une élite politique.
Liberté, autorité et justice
La liberté d’expression est chez lui une protection de la parole contestée, non une récompense accordée aux idées approuvées. Il a défendu ce principe jusque dans des affaires où il rejetait radicalement les opinions en cause, choix qui a suscité de fortes controverses sur la responsabilité attachée au soutien public d’un droit.[1]
Avec Edward S. Herman, il analyse aussi la formation du consentement dans les démocraties de marché. La concentration de la propriété médiatique, la dépendance à la publicité et aux sources institutionnelles sélectionnent les informations sans exiger une censure centralisée. La liberté juridique de la presse ne suffit donc pas, selon eux, à garantir un espace public pluraliste.[4]
Sa critique de la politique extérieure américaine insiste enfin sur les interventions militaires, le soutien à des régimes alliés et l’écart entre rhétorique démocratique et intérêts stratégiques. Dans La Responsabilité des intellectuels, il assigne aux producteurs de savoir le devoir d’exposer les mensonges de leur propre État plutôt que ceux de l’adversaire seulement.[3]
Son influence et les principales critiques
Chomsky a durablement relié critique économique, analyse des médias, anti-impérialisme et libertés civiles. Ses adversaires lui reprochent une lecture trop structurelle des médias, une attention disproportionnée aux fautes occidentales ou des rapprochements géopolitiques jugés réducteurs. Ses soutiens soulignent au contraire la cohérence d’une méthode qui teste toute autorité à partir de ceux qui en subissent les effets.
